Jeunes, aidants et confinés, quelles réalités ? …

12 décembre 2020

Confinés parfois dans quelques mètres carrés, privés de cours, éloignés de leur famille, sans lien social, ou plongés dans la précarité, tous anxieux face à leur avenir…Les étudiants paient très cher cette crise sanitaire.

Alors que suite au 1er confinement, l’étude de L’OVE (Observatoire de la Vie Etudiante ) montrait qu’un étudiant sur 3, soit 31 % , présentait des signes de détresse psychologique , cette proportion a augmenté depuis le reconfinement, et aujourd’hui les services de santé universitaires et les bureaux d’aides psychologiques sont saturés. Ils donnent l’alerte.

C’est un effet double peine pour tous ces jeunes, et leur situation de mal être est très préoccupante.

Dans ce contexte nous sommes particulièrement inquiets pour les jeunes aidants, ces enfants, ces ados ou encore ces jeunes adultes âgés de 18 à 25 ans, qui sont 500 000 en France à assister un proche malade ou en situation de handicap à la maison souvent au prix de leur insouciance, de leur enfance, d’une part de leur liberté et de leur scolarité.

Pour mieux saisir leur situation sur cette période, de confinement, déconfinement et reconfinement, Amarantha Bourgeois, directrice de projet à l’association nationale Jeunes AiDants Ensemble, JADE, a bien voulu répondre à nos questions…

Quel est votre ressenti de la situation des jeunes aidants par rapport à la crise que nous vivons ?

On sait que le 1er confinement de mars a augmenté le nombre de jeunes aidants car beaucoup de familles ont récupéré un proche hospitalisé, en situation de handicap ou tout simplement trop vulnérable pour vivre seul.

Ils se sont parfois retrouvés à effectuer des soins au domicile, lorsque les professionnels ne pouvaient pas venir ou que les parents devaient reprendre le travail, ce sont les jeunes qui ont assuré seuls les soins. Pour les jeunes aidants qui tenaient déjà ce rôle, le contexte a sans doute alourdit leur charge et démultiplié leurs missions. Les intervenants extérieurs, souvent sans équipement, ne voulaient plus prendre la responsabilité de venir au domicile, ou bien ce sont les proches qui ne voulaient plus laisser entrer des personnes étrangères au foyer. Cloisonnés, isolés, comme assurant un siège, les jeunes présents ont parfois dû assumer la charge des aides-soignants et des autres intervenants, parfois allant jusqu’à faire des gestes de soins à leur place.

On sait aussi que ce nouveau confinement a pu augmenter les problématiques psychiques et physiques de ces jeunes. Il est difficile d’étudier à son rythme avec un frère atteint de troubles du comportement ou d’une maladie mentale, difficile de se concentrer avec une sœur polyhandicapée épileptique, dont les besoins rythment toute la journée, difficile de voir aussi les traitements s’interrompre, notamment lorsqu’on vit avec un parent en cours de traitement contre un cancer, par exemple. Ce sont des situations qui ont pu majorer les troubles somatiques et anxieux.

Qu’en est-il du déconfinement ? 

Et bien paradoxalement, cela a augmenté les difficultés. Cela a été moins bien vécu que le confinement. En circulant à nouveau, les jeunes aidants avaient peur d’attraper le COVID, de le transmettre à leur famille et certains ont même préféré rester confinés. Cette peur a pu s’accentuer au moment de la rentrée où certains jeunes n’ont pas repris les cours par crainte d’être vecteur de contamination. À l’inverse, d’autres jeunes étaient soulagés de pouvoir reprendre les cours car pour eux c’est une véritable échappatoire : du répit, du lien social, retrouver un lieu où le quotidien d’aidant n’a pas sa place ou la possibilité de se soustraire aux soins et à l’aide qui jusqu’alors leurs incombaient.

Comment pouvons-nous améliorer leurs situations, mieux les soutenir sur cette période ?

« Avec la Stratégie de mobilisation et de soutien 2020-2022 « Agir pour les aidants », il est prévu des actions de sensibilisation auprès des professionnels de l’Éducation Nationale. Le ministère des Solidarités et de la Santé nous a mandaté pour ces sensibilisations qui commenceront à titre expérimental dans deux régions en Occitanie et en IDF (Essonne et Val-de-Marne).

Quels sont les besoins que ces jeunes aidants ont pu vous exprimer ?

  • Avoir du répit car comme les aidants adultes, ils ont besoin de faire une pause et de souffler
  • Rencontrer d’autres jeunes aidants pour sortir du sentiment d’isolement car beaucoup se sentent seuls, différents des autres jeunes ;
  • Avoir plus d’aides à domicile pour mieux concilier leur vie de jeune et leur rôle d’aidant.

Et suite à la crise comment voyez-vous la suite ?

C’est difficile de mesurer réellement toutes les conséquences de cette crise – dont nous ne sommes pas encore sortis – notamment sur la santé psychique des jeunes. L’année 2021 devra être structurante pour ces jeunes aidants, avec une attention particulière notamment dans le cadre scolaire, de manière à éviter tout décrochage. Pour l’association, il s’agit de continuer à sensibiliser l’ensemble des professionnels du champs sanitaire, médico-social, de l’éducation pour mieux repérer ces situations.

Pour en savoir plus, le site d’enquête sur les jeunes aidants : https://jaid.recherche.parisdescartes.fr/

Diffusion du témoignage de Lou, jeune aidante : https://www.youtube.com/watch?v=V06k6V2EawQ

 

Rédaction : Julie Costantini, responsable de la communication de l’association en collaboration avec Amarantha Bourgeois, directrice de projets de l’association JADE.

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